Nouvelles des Possibles

Publié en avril 2026, ce guide de l’OCDE examine la pratique du horizon scanning à l’usage des décideurs publics. Il présente huit manières d’organiser une veille technologique et met lui-même à l’épreuve l’exploitation de veilles existantes, au moyen d’une synthèse assistée par IA portant sur 129 exercices recensés. 

Comme tant d’autres innovations, l’IA générative, les jumeaux numériques ou l’impression 3D ont d’abord été des objets émergents, encore incertains, avant de se diffuser largement. Les repérer assez tôt pour anticiper les enjeux, les opportunités et les risques qu’ils soulèvent : tel est l’objectif des dispositifs de horizon scanning analysés par l’OCDE dans un guide destiné aux pouvoirs publics.  

Le horizon scanning désigne un processus systématique de repérage et d’analyse de signaux précoces de changement, dispersés ou encore peu stabilisés, susceptibles d’influer sur la société, les politiques publiques ou les trajectoires d’innovation. Leur identification repose sur le croisement de sources hétérogènes (littérature scientifique, brevets, veille industrielle, observatoires internationaux et presse spécialisée) ainsi que sur l’intelligence collective (réseaux d’experts). L’enjeu est de détecter et relier des phénomènes émergents, neufs ou inattendus, avant même leur diffusion, pour mieux anticiper et aider à la décision. Pour les pouvoirs publics, cette pratique est particulièrement utile dans les domaines où l’innovation est rapide ou porte des enjeux critiques, par exemple de souveraineté, de compétitivité ou de sécurité. 

L’OCDE distingue six familles d’acteurs qui pratiquent le horizon scanning, parmi lesquelles les cellules gouvernementales dédiées (comme le Centre for Strategic Futures de Singapour), les organisations internationales, les think tanks et les réseaux professionnels. Le processus proprement dit suit quatre étapes : cadrer le périmètre, collecter les signaux, les analyser, puis traduire les résultats en informations utilisables. Pour s’outiller, l’OCDE propose huit options non exclusives, allant de la cellule interne pérenne à l’achat de rapports de tendances (Gartner, McKinsey), en passant par la mutualisation internationale ou l’exploitation de veilles déjà publiées par d’autres.  

C’est cette dernière option que l’OCDE illustre elle-même dans son étude : en compilant 129 veilles technologiques publiques (2020-2025) et en les interrogeant par IA, les auteurs en extraient plus de 10 000 signaux bruts, ramenés à environ 2 000 une fois les doublons écartés. Le tableau 4.1 du rapport classe ces signaux en huit champs technologiques, du plus au moins récurrent : intelligence artificielle et apprentissage automatique, biotechnologies et santé, infrastructures numériques et calcul avancé, énergie et technologies durables, robotique et systèmes autonomes, capteurs et biométrie, matériaux avancés, technologies quantiques. 

Ces signaux sont ensuite recroisés avec six enjeux de politique publique (souveraineté technologique, compétitivité, sécurité et vie privée, santé, énergie, sécurité alimentaire) pour aboutir à douze tableaux-palmarès (des « Top 5 »), comparant les veilles publiées entre 2019 et 2024 à celles de 2025 seule. Pour la souveraineté technologique par exemple, le classement 2019-2024 plaçait l’intelligence artificielle en tête, devant les batteries avancées, le quantique, la 5G/6G et les biotechnologies; en 2025, ce sont les technologies quantiques qui prennent la première place, rejointes par les semi-conducteurs et la robotique. Notons que la Chine domine la plupart des champs analysés, à l’exception du quantique et de la robotique. 

Le rapport tire de son propre exercice une leçon prudente sur l’usage de l’IA : la synthèse automatisée fait gagner du temps, mais les auteurs ont dû interroger le modèle trois fois par question pour limiter les hallucinations. Autre constat central : il n’existe aujourd’hui aucun standard de qualité partagé pour conduire un exercice de horizon scanning. Un vide que l’OCDE propose de combler par un rôle de facilitation internationale, en réunissant producteurs et utilisateurs de horizon scanning pour échanger leurs pratiques. 

Et en Wallonie ? 

En Wallonie, le CORTEX a publié en mai 2026 les résultats de son premier exercice Horizons & Risques Émergents. Elle résulte de deux cycles de veille sur la période 2023-2025, associant des ateliers  d’analyse et de priorisation, et débouche sur trois signaux de changement majeurs (les développements technologiques comme vecteurs de risque, l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes climatiques extrêmes, la dégradation de la santé globale). 

À l’échelle fédérale, la Belgique dispose d’une expérience plus ancienne, mais plus spécialisée, dans la veille sur les médicaments. C’est le KCE qui, en 2016-2017, à la demande de la collaboration BeNeLuxA, a mené l’étude fondatrice à l’origine de la participation belge, via l’INAMI, à l’International Horizon Scanning Initiative. La Belgique compte ainsi parmi les participants historiques de ce dispositif, dont l’ancrage demeure fédéral et centré sur l’anticipation des médicaments à fort impact budgétaire. 

Le guide de l’OCDE ne fournit donc pas un modèle directement transposable. Il offre en revanche des repères utiles pour penser l’organisation, les sources, les collaborations et l’assurance qualité d’une capacité de veille prospective au sein des pouvoirs publics. 

Sources 

Source principale : OECD (2026), Building capacity in technology horizon scanning: A guide for policymakers, OECD Science, Technology and Industry Working Papers, No. 2026/06, OECD Publishing, Paris. https://doi.org/10.1787/b4f0d383-en (accès libre, licence CC BY 4.0, texte intégral lu). 

Sources secondaires : Centre for Strategic Futures (Singapour), à propos ; International Horizon Scanning Initiative, page INAMI ; Wallonie/Belgique : CORTEX, « Anticiper les risques émergents en Wallonie » (Horizons & Risques Émergents n°1, mai 2026) ; KCE, Horizon scanning for pharmaceuticals (KCE Reports 283) (2017). 


Thématique(s) : aide à la décision, gouvernance anticipative, Horizon Scanning, intelligence artificielle, intelligence stratégique, méthodologie prospective, OCDE, signaux faibles, veille technologique
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