Nouvelles des Possibles

L’été 2026 marquera-t-il une inflexion durable dans l’expérience et les représentations de la crise climatique ? Ou laisse-t-il déjà entrevoir les premiers signes d’un basculement vers un récit d’adaptation substitutive, au détriment de l’effort d’atténuation? Et qu’en est-il des premières traductions concrètes des stratégies d’adaptation ? 

Cet été, la Belgique a enregistré sa saison la plus chaude depuis le début des relevés à Uccle. Pour la première fois de son histoire, la Wallonie a connu un feu de forêt d’une ampleur jusque-là plutôt associée au pourtour méditerranéen : 3 366 hectares brûlés dans les Hautes Fagnes, conséquence d’une sécheresse qui avait déjà porté à huit, fin juillet, le nombre de communes wallonnes sous arrêté de restriction de l’usage de l’eau. Un choc sanitaire s’y ajoute : sur les trois vagues de chaleur de l’été, la Belgique a enregistré 2 935 décès excédentaires, la surmortalité relative pour la vague de juin ayant été la plus marquée en Wallonie. 

Cette séquence s’inscrit dans une trajectoire de réchauffement documentée depuis longtemps par le GIEC. S’il n’a guère surpris les scientifiques, l’été 2026 a néanmoins permis de rendre tangible une crise climatique dont les conséquences semblaient jusqu’ici encore relever d’un avenir plus ou moins éloigné. À l’image du bulletin météo fictif du 18 août 2050 d’Évelyne Dhéliat sur TF1, l’Europe a fait l’expérience de canicules précoces et intenses, symptômes d’un réchauffement plus rapide que dans le reste du monde, mais aussi d’un choc au niveau des représentations du changement climatique : des risques longtemps projetés dans l’avenir sont devenus durant l’été des données du présent. Pour reprendre la formule de la climatologue Françoise Vimeux, nous vivons peut-être « l’été le plus froid du reste de notre vie ». Avec cette nuance, souvent oubliée dans la reprise de cette phrase : « si on rate notre décarbonation, parce qu’il est encore possible d’agir ».  

1. Un basculement ? 

L’été 2026 est-il pour autant un « game changer », une séquence qui rebat les cartes de ce qui est jugé nécessaire, possible ou prioritaire en matière climatique ? Ou bien n’est-il qu’un épisode spectaculaire de plus sur une trajectoire déjà connue, une parenthèse refermée avant le prochain été ? 

Très vite centré sur la question de la climatisation, le traitement médiatique des vagues de chaleur a été un révélateur des tensions qui traversent les manières d’affronter la crise climatique. En France, l’Observatoire des médias sur l’écologie relève que les solutions d’adaptation sont davantage présentes dans la couverture de la vague de chaleur de mai 2026, mais que la climatisation domine largement les réponses structurelles. Au Royaume-Uni, les alertes et conseils sanitaires ont circulé bien plus systématiquement que l’explication du lien entre la canicule et le changement climatique, particulièrement dans les formats numériques et sur les réseaux sociaux. À l’échelle européenne, une nouvelle vague de chaleur a, comme les précédentes, réactivé des récits de désinformation minimisant son caractère exceptionnel, l’influence humaine sur le climat ou l’utilité des politiques climatiques. 

Même si ces éléments sont encore ténus, ils pourraient marquer un début de cristallisation, dans le débat public, d’une opposition entre mesures d’adaptation (dont la climatisation est devenue le point de fixation) et politiques d’atténuation. Rappelons que l’adaptation désigne les politiques qui agissent sur les conséquences du changement climatique : ajuster les infrastructures, les pratiques agricoles, l’aménagement du territoire ou les systèmes de santé à un climat déjà en train de changer. L’atténuation (ou « mitigation ») désigne quant à elle l’ensemble des politiques qui agissent sur les facteurs à l’origine du réchauffement (en particulier la réduction des émissions de gaz à effet de serre). Dans le vocabulaire du GIEC et de la Convention-cadre des Nations unies, les deux ne sont pas des alternatives : elles opèrent sur des horizons temporels différents et sont censées être conduites de front.  

2. Adaptation et atténuation : une complémentarité institutionnelle 

Au niveau scientifique et institutionnel, atténuation et adaptation répondent à des temporalités et à des mécanismes différents, mais interdépendants : l’adaptation réduit les dommages provoqués par les aléas déjà observés ou désormais difficilement évitables ; l’atténuation limite l’aggravation future de ces aléas. L’une ne peut donc se substituer à l’autre : sans adaptation, les sociétés restent exposées à des impacts déjà engagés ; sans réduction rapide et durable des émissions, les risques climatiques continuent à croître et deviennent plus coûteux, voire impossibles, à gérer. 

Cette articulation constitue aujourd’hui le cadre de référence dominant. Les prises de position et annonces intervenues avant et durant l’été 2026 ne l’ont pas modifié ; elles l’ont plutôt réaffirmé et, comme on va le voir, commencé à lui donner une traduction plus concrète. 

Dans son rapport de février 2026, le Conseil scientifique consultatif européen sur le climat (ESABCC) rappelait que l’adaptation est indispensable, mais connaît des limites : la réduction profonde et soutenue des émissions demeure critique pour éviter que les risques climatiques ne s’intensifient au-delà des capacités d’adaptation. Il recommande donc d’inscrire l’adaptation européenne dans une trajectoire de réduction continue des émissions, tout en préparant les territoires aux hausses de température déjà inévitables. Début juillet, un porte-parole de la Commission européenne appelait lui aussi à un « profond changement de système », consistant à passer « de la reprise vers l’anticipation et la prévention » (Euronews), et annonçait l’élaboration d’un cadre européen intégré de résilience climatique. 

Au niveau régional, le Gouvernement wallon adoptait fin août sa toute première Stratégie d’adaptation aux changements climatiques. Le document, coordonné par l’AWAC, annonce une vision à l’horizon 2060, neuf objectifs stratégiques à atteindre d’ici 2040, qui seront déclinés en plusieurs mesures reprises dans un premier plan 2026-2030. La communication gouvernementale formule explicitement l’action climatique régionale comme l’articulation de « deux axes complémentaires » : continuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en préparant le territoire aux évolutions climatiques déjà observées. Elle situe ce volet d’atténuation dans la poursuite du PACE 2030 et la préparation d’un PACE 2040. 

Une note du CERAC (le Centre fédéral d’analyse des risques du changement climatique), publiée le 21 septembre, vient documenter le volet économique de cette articulation. Le CERAC chiffre l’écart entre l’ampleur du risque climatique et la réponse budgétaire : les besoins d’investissement belges en adaptation, tous aléas confondus, sont estimés à 0,2 % du PIB par an (Commission européenne, 2026), quand les vagues de chaleur de l’été 2026 pourraient à elles seules représenter de l’ordre de 1 % du PIB belge, selon une estimation reprise dans la note (Triodos, 2026), au point d’absorber la quasi-totalité de la croissance économique attendue cette année. De manière significative, la dernière phrase de la note referme le propos sur un rappel de principe : « Les mesures d’atténuation restent essentielles, car si l’adaptation peut atténuer les conséquences économiques de la hausse des températures, elle ne peut toutefois pas les éliminer totalement. » (notre traduction) 

De la Wallonie à l’échelle européenne en passant par le niveau fédéral, la doctrine institutionnelle apparaît donc remarquablement cohérente : réduire simultanément les émissions, les expositions et les vulnérabilités, plutôt que choisir entre prévenir l’aggravation du changement climatique et s’en protéger. Si 2026 marque une nouveauté, c’est dans la montée en puissance annoncée de l’adaptation, avec des instruments, des échéances, des objectifs et des moyens de suivi encore largement à préciser. 

Reste alors à savoir ce que recouvre concrètement cette montée en puissance. Derrière un vocabulaire partagé de résilience, d’anticipation et de prévention, les mesures annoncées dessinent-elles une simple amélioration de la gestion de crise, ou les premiers éléments d’une adaptation plus structurelle, intégrée aux investissements, à l’aménagement du territoire et aux politiques sectorielles ? 

3. De la réponse aux chocs à l’adaptation structurelle : quatre orientations émergentes 

Les réponses annoncées à l’été 2026 restent fragmentaires et, pour une large part, encore programmatiques. Elles font néanmoins apparaître quatre directions possibles d’évolution, susceptibles de se renforcer, de se combiner ou, au contraire, de demeurer au stade d’orientations déclaratives. À ce stade, elles ne font que pointer vers les transformations que les acteurs publics et économiques commencent à considérer comme plausibles, nécessaires ou désirables.  

1. La résilience climatique comme norme d’investissement 

La Commission européenne prépare un cadre intégré de résilience climatique et de gestion des risques dont l’adoption est annoncée pour le second semestre 2026. Son objectif déclaré est de rendre l’adaptation plus « ambitieuse, cohérente et opérationnelle » aux niveaux européen et national. Une consultation publique est ouverte et une première évaluation des besoins d’investissement, ventilée par secteur et par type de mesure, est déjà mise à disposition. 

L’hypothèse portée par ce chantier est celle d’un basculement : l’adaptation cesserait d’être une politique sectorielle complémentaire pour devenir un filtre transversal de l’investissement public et privé, dans les infrastructures, la santé, l’agriculture, l’eau, le logement, l’énergie et l’aménagement du territoire. Cela pourrait se traduire par la généralisation de tests de vulnérabilité à la chaleur et à la sécheresse, et par une réorientation d’une partie des dépenses vers la rénovation d’été, le stockage diffus de l’eau et la robustesse des réseaux. Quant à la répartition du financement entre collectivités, États, Union européenne, assureurs et secteurs exposés, le débat ne fait que s’ouvrir. 

Le passage d’un discours de résilience à des obligations concrètes reste à confirmer par le contenu effectif du futur cadre : le terme même de « résilience » est ambivalent, entre une logique de continuité (sauvegarder les activités et infrastructures existantes) et une logique de transformation, visant à réduire les expositions et dépendances, sans qu’on sache encore laquelle dominera. 

2. La canicule, nouveau paramètre de sécurité énergétique 

Entre mai et la mi-août 2026, la pointe de demande électrique a été, selon E3G (« Planning for Resilience »), en moyenne 9 % plus élevée lors des jours de canicule que lors des jours ordinaires, tandis que le solaire a couvert 25 % de la demande électrique de l’Union européenne en juin et juillet. Dans le même temps, plusieurs filières de production ont subi des contraintes liées à la chaleur et aux faibles débits : nucléaire en France et en Europe centrale, thermique en Italie et au Royaume-Uni, hydroélectrique dans la vallée du Pô notamment. 

E3G, organisation engagée dans le débat sur les politiques climatiques et énergétiques, recommande d’intégrer des scénarios climatiques prospectifs aux évaluations d’adéquation du système électrique et à la planification énergétique. Dans cette hypothèse, la chaleur estivale pourrait devenir un paramètre structurant de la sécurité d’approvisionnement, au même titre que la décarbonation. Cette évolution pourrait déplacer une partie du pic de consommation vers l’été et le début de soirée, renforcer le recours à la gestion active de la demande, au stockage par batteries et aux interconnexions, et conduire à revoir la localisation ainsi que les dispositifs de refroidissement des installations énergétiques. Un quartier rénové pour ses seuls besoins de chauffage hivernal peut, par exemple, rester vulnérable à des nuits chaudes prolongées. Une rénovation orientée vers la résilience intégrerait alors protections solaires, ventilation nocturne, inertie thermique, végétalisation et maîtrise du recours à la climatisation, afin de réduire simultanément l’exposition sanitaire et la pointe électrique. 

3. La sécheresse impose une gestion des interdépendances 

Le Centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC) décrit, pour l’été 2026, une séquence dans laquelle déficit pluviométrique, chaleur et sécheresse des sols se sont renforcés mutuellement. Selon ses données, 50 % du territoire de l’Union européenne et du Royaume-Uni était déjà affecté par la sécheresse en juillet ; la Loire, le Pô, le Rhin et le Danube ont connu des niveaux extrêmement bas en août.  

L’orientation qui s’en dégage est que l’unité pertinente de planification pourrait devenir le système eau-sol-énergie-alimentation à l’échelle du bassin versant, plutôt que le seul territoire administratif ou le seul secteur. Un changement qui impliquerait des arbitrages explicites entre eau potable, agriculture, industrie, refroidissement énergétique, écosystèmes et navigation, plutôt qu’une gestion fondée sur des seuils isolés de température ou de pluviométrie. Il appellerait aussi des indicateurs de risque composé et un renforcement de la sobriété hydrique. 

4. Le risque incendie se continentalise 

En mars 2026, la Commission avait présenté une nouvelle approche intégrée de la gestion du risque d’incendie de forêt, couvrant l’ensemble du cycle de risque (prévention, préparation, réaction, rétablissement). Dans son annonce du mois d’août, le JRC relève que les feux importants ne se limitent plus désormais aux foyers méditerranéens traditionnels?: des événements significatifs sont désormais recensés au Royaume-Uni et dans le nord de la France. Pour la Wallonie, qui vient d’en faire l’expérience directe, le modèle pourrait évoluer vers une approche où la prévention territoriale (gestion des paysages, des combustibles, de l’eau et de l’occupation du sol) devient le cœur de la politique incendie, ce qui supposerait de réévaluer les plans de prévention dans les zones forestières, landes et interfaces entre habitat et végétation, en lien plus étroit avec les pratiques sylvicoles et l’aménagement du territoire. 

Ces quatre orientations composent les éléments d’un même changement de perspective plutôt qu’un futur unique. Selon les choix de financement, de planification et d’aménagement qui seront opérés, la résilience peut devenir un vecteur de transformation (réduisant les expositions, les vulnérabilités et les dépendances) ou rester un simple principe de gestion de chocs toujours plus fréquents. 

4. Vers l’adaptation comme résignation ? 

Le 1er septembre 2026, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) publiait un rapport qui donne un cadre mondial aux trajectoires esquissées dans les sections précédentes : Limiting Overshoot: Navigating exceedance of 1.5°C and pathways towards return. Le PNUE y affirme qu’un dépassement temporaire du seuil de 1,5 °C est désormais « largement considéré comme inévitable » dans les prochaines années. Pour limiter l’ampleur et la durée de ce dépassement, il propose une trajectoire à piloter dite « dépassement, pic, déclin » (overshoot, peak and decline). Dans le scénario le plus favorable, le réchauffement culminerait autour de 1,8 °C avant de revenir sous 1,5 °C aussi rapidement que possible. Une telle trajectoire suppose des réductions immédiates, profondes et soutenues des émissions, une baisse rapide du méthane, l’atteinte du zéro net puis d’émissions nettes négatives, ainsi qu’un recours au retrait de CO2 atmosphérique. Sur ce dernier point, le PNUE est explicite : le retrait de CO2 atmosphérique vient compléter les réductions à la source, il ne les remplace pas. 

Dans la couverture médiatique de ce rapport, le franchissement du seuil de 1,5 °C a parfois été présenté comme une « bataille perdue », un « appel à l’apathie », voire une « retraite stratégique ». De leur côté, le PNUE et d’autres acteurs institutionnels ont immédiatement cherché à prévenir une lecture fataliste, en rappelant que l’enjeu restait de limiter au maximum l’ampleur et la durée du dépassement.  

En mettant en lumière la tension entre adaptation et atténuation, ce décalage pourrait favoriser l’émergence d’un récit d’adaptation substitutive. La logique est simple : puisqu’il serait désormais trop tard pour empêcher le changement, il faudrait apprendre à vivre avec ses conséquences et faire de l’adaptation la priorité. L’enjeu n’est donc pas l’adaptation elle-même, devenue indispensable, mais sa possible transformation en argument de renoncement : un motif pour différer, restreindre ou abandonner l’action sur les émissions. 

1. L’adaptation comme discours de délai 

Cette inférence peut prendre place dans une famille de récits que William F. Lamb et ses collègues désignent comme des « discours de délai climatique ». Ceux-ci ne reposent pas nécessairement sur la négation du réchauffement ni de son origine humaine. Ils agissent plutôt sur les questions de responsabilité, de solutions, de coûts et de faisabilité : qui doit agir ? quelles transformations sont-elles nécessaires ? les politiques climatiques sont-elles désirables?? est-il encore possible de limiter le réchauffement ? Les auteurs regroupent ces récits en quatre registres : rediriger la responsabilité vers d’autres acteurs ; promouvoir des solutions non transformatrices ; souligner les coûts ou les effets sociaux négatifs de l’action climatique ; et, enfin, se résigner au changement climatique. 

Le signal examiné ici relève surtout de ce dernier registre, que les auteurs nomment surrender (« reddition »). Sa première variante, change is impossible, présente les transformations nécessaires comme politiquement, socialement ou matériellement irréalisables ; sa seconde, doomism, affirme que toute action serait désormais trop faible ou trop tardive. Dans les deux cas, l’atténuation est rendue vaine, tandis que l’adaptation est implicitement ou explicitement présentée comme le seul horizon praticable. Lamb et ses collègues soulignent que ces discours peuvent se combiner à d’autres arguments : l’optimisme technologique, qui mise sur des innovations futures plutôt que sur des transformations immédiates ; l’accent mis sur les coûts économiques et sociaux de la transition ; ou la redirection de la responsabilité vers d’autres pays, secteurs ou individus.  

Le risque signalé par la réception du rapport du PNUE pourrait ainsi prendre une forme hybride : un fatalisme du présent (le dépassement est acquis, il faut apprendre à vivre avec ses effets) associé à un techno-optimisme différé (des solutions futures, notamment le retrait de CO2, permettront ultérieurement de corriger la trajectoire). En dehors de certains discours très en marge du consensus, qui assument une posture adaptationniste radicale, rien ne permet d’affirmer qu’un tel récit se soit déjà constitué. Mais la juxtaposition du dépassement jugé probable, de l’impératif d’adaptation et de la promesse conditionnelle d’un retour sous 1,5 °C par le retrait de CO2 offre des éléments aisément recontextualisables dans cette direction. 

2. Résilience, vulnérabilité, robustesse… un vocabulaire « maladapté » ? 

Le mot « résilience » lui-même offre une autre passerelle potentielle vers le récit d’adaptation substitutive. Il est devenu un objectif partagé au niveau international : l’Accord de Paris associe explicitement le renforcement de la résilience à la réduction de la vulnérabilité. Le terme demeure toutefois polysémique. Selon les contextes, il peut renvoyer à une logique de continuité, centrée sur la capacité à absorber un choc et à maintenir des fonctions essentielles, ou à une logique de transformation, visant à réduire plus durablement les expositions, les vulnérabilités et les dépendances.  

Les notions de « vulnérabilité » et de « robustesse » appellent la même attention. La vulnérabilité est déjà solidement ancrée dans le vocabulaire institutionnel de l’adaptation. C’est l’un des trois piliers de l’accord de Paris, et l’une des trois composantes du risque climatique dans l’approche du GIEC, reconduite dans le sixième rapport d’évaluation (2022). Popularisée par le biologiste Olivier Hamant comme capacité à rester viable malgré les fluctuations (en privilégiant diversité, redondance et marges de manœuvre plutôt que performance maximale), la robustesse commence à sortir des langages de l’ingénierie et de la sécurité pour s’étendre à de nouveaux domaines, notamment au niveau de l’action territoriale. Au-delà de l’effet de mode lexical, son émergence dans ces contextes pourrait signaler une évolution des cadres mobilisés pour penser l’adaptation aux crises écologiques et climatiques. 

Dans ce brouillard sémantique, la notion de « maladaptation » constitue peut-être un garde-fou utile contre la réduction de l’adaptation à la seule protection immédiate. Centrée sur une approche coûts-bénéfices de l’adaptation et de l’inaction, la maladaptation désigne des mesures qui, tout en répondant à un risque local, peuvent accroître les émissions, déplacer les vulnérabilités ou enfermer les territoires dans des choix coûteux et inégalitaires. Elle conduit ainsi à évaluer les politiques d’adaptation au-delà de leur efficacité immédiate, en tenant compte de leurs effets sur les émissions, les inégalités et les vulnérabilités futures. 

5. Conclusion : un récit émergent ? 

De la Wallonie aux niveaux européen et international, adaptation et atténuation sont toujours présentées comme deux composantes indissociables : la première protège les populations, les territoires et les systèmes exposés à des impacts déjà engagés ; la seconde conditionne la possibilité même de maintenir ces impacts dans des limites encore gérables. 

La séquence estivale semble néanmoins avoir déplacé le centre de gravité de leur articulation. L’adaptation n’est plus seulement pensée comme une réponse sectorielle ou réparatrice aux catastrophes ; elle tend à devenir un principe de planification des investissements, des infrastructures, de la sécurité énergétique, de la gestion de l’eau et de la prévention des incendies. Bien que ces évolutions demeurent largement programmatiques, elles dessinent toutefois les contours d’un climat devenu non plus seulement un enjeu environnemental projeté à un horizon temporel éloigné, mais une condition de fonctionnement des sociétés européennes. 

Le signal à surveiller dans cette réarticulation est moins l’émergence de l’adaptation, devenue indispensable, que l’éventuelle montée d’un récit d’adaptation substitutive : puisqu’il serait trop tard pour empêcher le changement, il faudrait apprendre à vivre avec ses conséquences ; et puisque des technologies futures pourraient retirer le CO2 excédentaire, les transformations présentes pourraient être différées. Le dépassement probable du seuil de 1,5 °C peut être compris comme une raison d’intensifier simultanément l’atténuation et l’adaptation. Mais il peut aussi se muer en fatalisme, associé à l’espoir que des solutions futures de retrait du CO2 permettront de corriger ultérieurement la trajectoire. La résilience deviendrait alors moins un vecteur de transformation qu’un langage de gestion de dommages croissants : un appel à nous « enrobuster » pour faire face aux chocs à venir. 

Sources 

Contexte de l’été 2026 (accroche) — sources citées 

Le Soir, bilan du feu des Hautes Fagnes (23/08/2026) — https://www.lesoir.be/766564/article/2026-08-23/hautes-fagnes-le-bilan-de-la-zone-incendiee-est-de-3366-hectares-soit-un 

IRM, bilan climatique saisonnier de l’été 2026 (S3) — https://www.meteo.be/resources/climatology/pdf/bilan_climatique_saisonnier_2026_S3.pdf 

L’Avenir, restrictions d’eau dans huit communes (30/07/2026) — https://www.lavenir.net/actu/belgique/2026/07/30/la-secheresse-saggrave-en-wallonie-restrictions-deau-dans-huit-communes-et-risque-dincendie-tres-eleve-2HEE7PM3DVEOFLGZFCYMNO5BHQ/ 

Le Soir, 2?935 décès excédentaires, chiffres Sciensano (02/09/2026) — https://www.lesoir.be/768642/article/2026-09-02/la-belgique-enregistre-pres-de-3000-deces-de-plus-que-la-normale-durant-la 

Sciensano, surmortalité lors de la vague de chaleur de juin 2026 — https://www.sciensano.be/fr/coin-presse/surmortalite-lors-de-la-vague-de-chaleur-de-juin-2026-analyse-approfondie 

INA, le bulletin météo fictif du 18 août 2050 d’Évelyne Dhéliat — https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/le-faux-bulletin-meteo-d-evelyne-dheliat-du-18-aout-2050 

https://www.franceinfo.fr/environnement/evenements-meteorologiques-extremes/vagues-de-chaleur-canicules/on-est-en-train-de-vivre-l-ete-le-plus-froid-du-reste-de-notre-vie-si-on-rate-notre-decarbonation-alerte-la-climatologue-francoise-vimeux_8078966.html

Quota Climat, couverture médiatique de la vague de chaleur de mai 2026 (France) — https://quotaclimat.org/actualites/vague-chaleur-mai-2026-couverture-mediatique/ 

Climate News Tracker, traitement médiatique de la canicule de juin (Royaume-Uni) — https://climatenewstracker.org/how-people-got-their-news-shaped-what-they-learned-about-the-june-heatwave/ 

EDMO (European Digital Media Observatory), désinformation climatique et vagues de chaleur — https://edmo.eu/publications/the-same-old-story-a-heat-wave-of-climate-disinformation/ 

Opposition adaptation/atténuation et réponse institutionnelle 

ESABCC, rapport sur l’adaptation (17/02/2026) — https://climate-advisory-board.europa.eu/reports-and-publications/20260217_adaptation-report.pdf 

Gouvernement wallon, communiqué du 27/08/2026 — https://www.wallonie.be/fr/acteurs-et-institutions/wallonie/gouvernement-de-wallonie/communiques-presse/2026-08-27 

Stratégie wallonne d’adaptation?: Vision et objectifs stratégiques – https://awac.be/files/Images/actu/strategie-wallonne-d-adaptation-aux-changements-climatiques-gw-vf.pdf 

Euronews, pivot de la Commission vers l’adaptation (03/07/2026) — https://www.euronews.com/my-europe/2026/07/03/brussels-pivots-from-climate-mitigation-to-adaptation-as-heatwaves-expose-vulnerabilities 

CERAC, The economic impact of heatwaves in Belgium: what is revealed by the summer of 2026? (21/09/2026) — https://www.cerac.be/en/publications/2026-09-economic-impact-heatwaves-belgium-what-revealed-summer-2026 

European Commission: Directorate-General for Climate Action, Assessment of EU and Member States adaptation investment needs?– Study on the macro-economic impacts of the climate transition, 2026?— https://data.europa.eu/doi/10.2834/2895769  

Triodos, 2026. Hot Summer Economics. Economic effects of the hot European summer of 2026 — https://www.triodos.com/en/articles/2026/hot-summer-economics  

Dépassement climatique et ébauches de scénarios 

PNUE, Limiting Overshoot: Navigating exceedance of 1.5°C and pathways towards return (01/09/2026) — https://www.unep.org/resources/limiting-overshoot-navigating-exceedance 

PNUE, communiqué de presse (02/09/2026) — https://www.unep.org/news-and-stories/press-release/unep-world-set-cross-15degc-global-warming-can-still-limit-adapt-and 

Science & Vie, médiation journalistique du rapport PNUE (07/09/2026) — https://www.science-et-vie.com/nature-et-environnement/pourrait-on-vraiment-inverser-le-rechauffement-climatique-un-rapport-de-lonu-apporte-un-element-de-reponse-257785.html 

Commission européenne, cadre intégré de résilience climatique et de gestion des risques — https://climate.ec.europa.eu/areas-action/adaptation-and-resilience-climate-change/about-climate-adaptation-and-resilience_en 

Centre commun de recherche (JRC), sécheresse, chaleur et incendies en Europe (12/08/2026) — https://joint-research-centre.ec.europa.eu/jrc-news-and-updates/worsening-drought-and-record-heat-grip-europe-fuelling-extraordinary-wildfires-and-extremely-low-2026-08-12_en 

E3G, Planning for resilience (27/08/2026, Patuleia, Johnston, Deschênes, O’Callaghan-White, Dufour) — https://www.e3g.org/news/planning-for-resilience/ 

Commission européenne (protection civile et aide humanitaire), nouvelle stratégie de gestion du risque d’incendie de forêt (25/03/2026) — https://civil-protection-humanitarian-aid.ec.europa.eu/news-stories/news/commission-launches-new-strategy-tackle-rising-wildfire-threat-2026-03-25_en 

Réception du rapport PNUE, récit d’adaptation substitutive et discours de délai 

Lamb, Mattioli, Levi et al., Discourses of climate delay, Global Sustainability (2020) — https://www.cambridge.org/core/journals/global-sustainability/article/discourses-of-climate-delay/7B11B722E3E3454BB6212378E32985A7  

UNFCCC, Key aspects of the Paris Agreement (objectif mondial d’adaptation, art. 7) — https://unfccc.int/most-requested/key-aspects-of-the-paris-agreement  

CIDOB, Lorenzo Chelleri, In need of which adaptation for climate change in cities? — https://www.cidob.org/en/publications/need-which-adaptation-climate-change-cities  

Irish Times, « Battle to halt global heating at 1.5 degrees is lost – UN » (02/09/2026)— https://www.irishtimes.com/environment/climate-crisis/2026/09/02/battle-to-halt-global-heating-at-15-degrees-is-lost-un/ 

Climate Analytics, communiqué « UNEP climate overshoot report risks being a call to apathy, not to arms » —https://climateanalytics.org/press-releases/unep-climate-overshoot-report-risks-being-call-to-apathy-not-to-arms 

CBC News, « a key UN report says the 1.5°C global warming threshold is lost » (02/09/2026) — https://www.cbc.ca/news/science/unep-climate-paris-global-warming-9.7329305 

UN News, article sur le rapport PNUE (02/09/2026)— https://news.un.org/en/story/2026/09/1168240 

https://atlantico.fr/article/decryptage/ogm-nucleaire-stockage-eau-croissance-etc-a-quoi-ressemblerait-france-totalement-livree-fantasmes-ecologistes-samuel-furfari-remy-prud-homme

IPCC, 2022: Summary for Policymakers. In: Climate Change 2022: Impacts, Adaptation, and Vulnerability. Contribution of Working Group II to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. Cambridge University Press, Cambridge, UK and New York, NY, USA, pp. 3-33 — https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/chapter/summary-for-policymakers/  

Olivier Hamant, entretien « En basculant de la performance à la robustesse, nous entrerons dans un monde viable », Millénaire 3 / Grand Lyon (2024) https://millenaire3.grandlyon.com/Interview/2024/olivier-hamant-en-basculant-de-la-performance-a-la-robustesse-nous-entrerons-dans-un-monde-viable 

Enrobuster — projet wallon de robustesse territoriale, piloté par le CRIE de Mouscron, opérationnalisant les travaux d’Olivier Hamant — https://enrobuster.org/ 

Agence européenne pour l’environnement (EEA), Assessing the costs and benefits of climate change adaptation (définition et exemples de maladaptation) — https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/assessing-the-costs-and-benefits-of-climate-change-adaptation 


Thématique(s) : adaptation climatique, atténuation, dépassement du seuil, discours de délai climatique, résilience, vagues de chaleur
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