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COMMUNIQUÉ DE PRESSE – 16/04/2024

L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS), l’Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA) et Statistiek Vlaanderen publient aujourd’hui un rapport d’analyse des résultats belges de l’enquête européenne sur la violence à l’égard des femmes et d’autres formes de violence interpersonnelle. Cette enquête a été réalisée entre juillet 2021 et août 2022 auprès d’un échantillon représentatif de la population belge âgée de 18 à 74 ans (environ 5.800 personnes). Les résultats mettent en lumière des réalités bien différentes pour les hommes et pour les femmes.

Que les violences soient psychologiques, physiques, sexuelles ou qu’elles relèvent du harcèlement, qu’elles aient lieu dans l’intimité, au travail ou dans l’espace public, les femmes sont davantage exposées que les hommes aux violences. Et quand elles le sont, elles le sont de manière plus fréquente et pour des faits plus graves.

Mais derrière ce constat tranché, il apparaît aussi que toutes les femmes ne sont pas pour autant exposées de manière égale. Certains profils de femmes, qui cumulent une série de vulnérabilités sociales (notamment en précarité financière, sans travail, en mauvaise santé, en situation de handicap), cumulent également les expériences de violences subies.

L’analyse de l’occurrence, de la fréquence, de la gravité et du cumul des violences par partenaire intime laisse entrevoir des réalités différentes pour les hommes et pour les femmes.

En Belgique, environ 1 personne sur 3 (32,2%) âgée de 18 à 74 ans a déjà subi des violences sexuelles, physiques ou psychologiques par un (ex-)partenaire intime. Cette proportion est semblable pour les hommes et pour les femmes.

Les victimes de violences sexuelles par partenaire sont quasi exclusivement des femmes. Cela concerne environ 1 femme sur 13 (7,6 %).

Les femmes sont également davantage représentées que les hommes parmi les victimes de violences physiques. En Belgique, 15% des femmes ont rapporté avoir déjà subi des violences physiques par un partenaire (pour 8% des hommes). Celles-ci sont par ailleurs plus nombreuses à rapporter des violences physiques dites « majeures » (ayant causé des blessures importantes ou ayant été commises avec l’intention de donner la mort).

Concernant les violences psychologiques, si le pourcentage de victimes est similaire entre hommes et femmes (environ 30%), une différence importante se marque au niveau de la fréquence de ces violences. Pour les femmes victimes, les faits subis apparaissent souvent comme plus fréquents. Les faits rapportés par les hommes sont, quant à eux, plus souvent qualifiés d’expériences uniques ou rares.

Lorsqu’on étudie ces violences conjointement, il apparaît, pour les femmes, une forte imbrication des violences sexuelles, physiques et psychologiques commises par partenaire intime. Si toutes les femmes ayant subi des violences psychologiques n’ont pas forcément été victimes de violences physiques ou sexuelles, l’inverse est plutôt vrai: les femmes victimes de violences sexuelles ou physiques ont quasi toutes subi des violences psychologiques (93% des femmes ayant subi des violences physiques par partenaire ont subi des violences psychologiques et 69% des femmes ayant subi des violences sexuelles par partenaire ont également subi des violences physiques et psychologiques). 

La majorité des victimes de violences sexuelles subies en dehors du cadre intime rapportent des violences commises par des hommes qu’elles connaissaient.

Les femmes sont surreprésentées parmi les victimes de violences sexuelles, tant en ce qui concerne les violences subies dans l’enfance (avant l’âge de 15 ans) qu’à l’âge adulte (après l’âge de 15 ans). En effet, elles touchent près d’1 femme sur 10, pour moins de 3% des hommes. Pour environ 9 femmes sur 10 ayant rapporté des violences sexuelles dans l’enfance ou à l’âge adulte, le ou les auteurs des violences étaient des hommes. Qui plus est, pour une majorité de victimes, au moins un des auteurs des violences sexuelles était connu. Cette dernière proportion est davantage marquée lorsqu’il s’agit des violences sexuelles subies dans l’enfance.

Qu’il s’agisse de violences par partenaire ou par non-partenaire, toutes les femmes ne sont pas exposées de manière identique aux violences.

Le rapport démontre que le fait d’être une femme influence le type de violences auxquelles elles sont confrontées, le contexte de ces violences, leur fréquence ainsi que leur gravité.

Mais la part de victimes de violences parmi les femmes en position de vulnérabilité est beaucoup plus importante. Parmi les facteurs de vulnérabilités identifiés par l’enquête, citons notamment le fait d’être en incapacité de travail ou d’être au chômage, de se déclarer en mauvaise santé ou encore d’être en précarité financière.

Par exemple, si l’on s’attache aux femmes combinant ces caractéristiques, près d’1 sur 2 (45%) déclare avoir subi des violences sexuelles par partenaire (contre 7,6% pour l’ensemble des femmes). Et toujours pour ces mêmes femmes, 35% d’entre elles déclarent avoir subi des violences sexuelles par non-partenaire (contre 11,5% sur l’ensemble des femmes).

Une forme de violence diffuse et diversifiée : le harcèlement

L’enquête s’intéresse également à 2 formes de harcèlement distinctes : le harcèlement répété (dit stalking) et le harcèlement sexuel au travail.

En Belgique, près d’1 femme sur 4 (22,7%) âgée de 18 à 74 ans a été victime de stalking au moins une fois au cours de sa vie. Les femmes victimes de cette forme de violence rapportent des comportements divers, parmi lesquels le fait de recevoir de manière répétée des messages, des appels téléphoniques obscènes, menaçants, dérangeants ou silencieux, le fait d’être confrontée à un individu attendant ou rodant autour de leur domicile ou de leur lieu de travail, ou encore le fait d’avoir été suivie ou espionnée de manière répétée. Pour la moitié de ces femmes, de tels comportements ont eu lieu à une fréquence allant de toutes les semaines à tous les jours.

L’enquête met également en évidence une diversité de comportements à connotation sexuelle ayant eu lieu dans la sphère professionnelle, parmi lesquels le fait de recevoir des regards déplacés ou insistants ayant généré un malaise ou encore le fait de subir des contacts physiques non désirés.

En Belgique, près d’1 femme sur 3 et près d’1 homme sur 5 âgé·es de 18 à 74 ans (respectivement 32,9% et 17,5%) rapportent avoir été victimes de comportements constitutifs de harcèlement sexuel au travail au moins une fois au cours de leur vie professionnelle. Tant parmi les hommes que parmi les femmes, une plus large proportion des victimes rapporte que les auteurs de ces comportements étaient des hommes. Pour 2 victimes sur 5 (40,1%), l’auteur était un ou une collègue sans lien hiérarchique tandis que les supérieurs hiérarchiques sont mentionnés par 1 victime sur 5 (21%).

Des situations contrastées entre les trois régions

En ce qui concerne les violences faites aux femmes, les indicateurs mettent en évidence des différences importantes entre les trois régions. Quelle que soit la forme de violence, la proportion de victimes est plus faible en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles.

La proportion de femmes victimes ayant subi des violences psychologiques, physiques ou sexuelles par partenaire intime est ainsi nettement plus élevée en Wallonie (42,5%) et à Bruxelles (33,7%) qu’en Flandre (24,7%). En ce qui concerne les violences physiques ou sexuelles par non-partenaire, on retrouve environ deux fois plus de victimes en Wallonie et à Bruxelles (respectivement 26,6% et 28,1%) qu’en Flandre (13,2%). On observe une tendance régionale similaire mais moins marquée en ce qui concerne le stalking. La Wallonie et Bruxelles se démarquent avec une proportion de victimes s’élevant respectivement à 29,6% et 25,9%, tandis que moins d’1 personne sur 5 (18,2%) est concernée en Flandre. Le harcèlement sexuel au travail concerne quant à lui environ 2 personnes sur 5 en Wallonie et à Bruxelles (respectivement 42,1% et 44,4%) pour environ 1 personne sur 4 en Flandre (27,3%).

Une partie des différences régionales peut, dans une certaine mesure, s’expliquer par les caractéristiques démographiques, sociales et économiques des populations. La part des personnes cumulant les vulnérabilités identifiées dans le rapport (précarité financière, mauvais état de santé, chômage ou incapacité de travail) est bien plus importante en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre.

Une enquête conçue par Eurostat et menée dans une vingtaine de pays [1]

L’enquête de l’Union européenne sur la violence à l’égard des femmes et d’autres formes de violence interpersonnelle est destinée à mesurer et comprendre les violences faites aux femmes. Cette enquête répond à une exigence de la Convention d’Istanbul de disposer de données représentatives sur les violences.

En Belgique, l’enquête a été réalisée entre juillet 2021 et août 2022 auprès d’un échantillon représentatif de la population belge âgée de 18 à 74 ans. L’échantillon belge est composé d’environ 5.800 personnes. Il est principalement constitué de femmes mais comprend également un peu plus de 1.000 hommes.

Les micro-données de l’enquête sont disponibles pour les acteurs de la recherche sur demande auprès de Statbel.

Une collaboration interfédérale inédite

En Belgique, c’est l’Institut interfédéral de statistique (IIS) qui a été le vecteur permettant de mettre en œuvre cette enquête, à travers un groupe de travail piloté par l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective, et de la statistique (IWEPS) et associant l’Office belge de statistique (Statbel), l’Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA) et Statistiek Vlaanderen.

L’enquête a été financée par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH), equal.brussels du Service Public régional de Bruxelles et safe.brussels – l’organisme d’intérêt public en charge de la prévention et de la sécurité en Région de Bruxelles-Capitale, l’Agentschap Binnenlands Bestuur et le Departement Welzijn, Volksgezondheid en Gezin (qui a fusionné le 1er juin 2023 avec l’Agentschap Zorg en Gezondheid pour former le nouveau Departement Zorg), l’Agentschap Justitie en Handhaving (dont une partie relevait, au début de l’enquête, sous l’ancien Departement Welzijn, Volksgezondheid en Gezin) de l’Autorité flamande, la Direction de l’Égalité des chances de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et la Direction de l’Intégration des personnes d’origine étrangère et de l’Égalité des chances du Service Public de Wallonie.

Retrouvez le rapport complet sur notre site :

Personnes de contact :


[1] Pour accéder aux données des autres pays européens : https://ec.europa.eu/eurostat/web/gender-based-violence/database


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