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L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) publie aujourd’hui les résultats de son enquête « Baromètre social de la Wallonie » (BSW). Cette édition 2023 est marquée par une forte baisse de confiance politique. Bien que préoccupante, cette perte de confiance ne remet pas en question le modèle démocratique en soi et ne soutient pas l’idée d’un leadership fort et autoritaire. C’est le fonctionnement du système politique, et non le système démocratique, qui est remis en question par les Wallons et Wallonnes. L’enquête met également en lumière deux grandes préoccupations importantes chez les citoyens et citoyennes : la transition écologique et les inégalités sociales.

Des résultats contrastés selon le type d’institutions

Le BSW nous permet d’observer l’évolution de la confiance dans différentes institutions ou personnes proches au cours des vingt dernières années.

On observe un contraste interpellant selon le type d’institutions auxquelles on s’intéresse.

Pour les institutions de l’État social (sécurité sociale, système de santé et éducation) ou les institutions régaliennes (justice, police), on observe une confiance relativement élevée : 65 % à 80  % de la population se dit confiante dans ces institutions. Au cours des vingt dernières années, la confiance est restée élevée et relativement stable pour l’État social alors qu’elle a augmenté pour les institutions régaliennes. Cette confiance montre l’attachement des citoyens et citoyennes aux institutions d’État ayant une fonction redistributive (État social) et protectrice (Institutions régaliennes).

En revanche, concernant les institutions politiques (État belge, Parlement fédéral, Gouvernement wallon, Parlement de Wallonie, Commission européenne, …), on observe une confiance qui est historiquement faible en 2023. Selon les institutions, seuls 30 à 40 % de la population se dit confiante. Sur les cinq dernières années, on observe une baisse de l’ordre de 30 points de pourcentage entre 2018 et 2023.

A titre illustratif, pour « l’État belge », on passe de 71 % en 2018 à 39 % en 2023, pour « la Région wallonne », on passe de 69 % en 2018 à 35 % en 2023 et pour la Commission européenne de 57 % en 2018 à 37 % en 2023. Enfin, en queue de peloton, on trouve « les hommes et les femmes politiques » où l’on passe de 36,6 % de confiance en 2018 à 19 % en 2023 ou encore les partis politiques (32 % en 2018 à 22 % en 2023). C’est une baisse et des niveaux de confiance qui n’avaient encore jamais été observés au cours des vingt dernières années.

Baisse de confiance politique et demande de transparence

Cette forte baisse de confiance politique, qu’on observe d’ailleurs dans de nombreuses démocraties représentatives en Europe et à travers le monde, est préoccupante. Cependant, dans le contexte wallon, il est important de noter que cette perte de confiance ne remet pas en question le modèle démocratique en soi, ni ne soutient l’idée d’un leadership fort et autoritaire comme le montrent les réponses à l’enquête. En réalité, c’est le fonctionnement du système politique qui est remis en question et non le système démocratique lui-même.

Cette remise en question se manifeste notamment par une demande croissante de transparence envers les parlementaires et les responsables politiques. Pour beaucoup, les consultations citoyennes, que ce soit par référendum ou délibération, pourraient également améliorer la manière dont les décisions politiques sont prises.

On peut donc dire que les crises à répétition, que nous avons vécues au cours de ces dernières années, ont suscité un niveau élevé de critiques envers la classe politique. Cela a engendré chez les citoyens et citoyennes un fort désir de changement, dans le but d’améliorer la manière dont les décisions politiques sont prises.

La transition écologique, un enjeu important pour les Wallons et Wallonnes

Concernant la transition écologique, on observe une préoccupation importante de la population à propos de ces questions. Sur 9 enjeux sur lesquels on demandait aux participants et participantes de se prononcer tous apparaissent comme importants.

Parmi ces enjeux, citons par exemple, « Davantage informer la population sur les enjeux en cours » (important pour 89 % de la population), « Moins dépendre des pays extérieurs pour subvenir à nos besoins » (87 %) ou encore « Faire en sorte que l’économie belge ne soit pas plus impactée que celle de ses voisins européens. » (84 %). La transition écologique et les enjeux qui l’accompagnent apparaissent donc globalement comme très importants aux yeux de la population.

Le BSW posait aussi la question des impacts perçus de la transition écologique dans différents domaines. Les avis sont ici plus nuancés.

Parmi les domaines où la transition écologique est susceptible d’apporter des améliorations : 48,1 % des personnes interrogées pensent qu’elle va améliorer la qualité de vie contre 41,8 % qui pensent le contraire ; 46,2 % pensent que la transition va permettre de créer de nouveaux emplois contre 32 % qui pensent le contraire.

A l’opposé, parmi les domaines où la transition écologique est susceptible d’avoir des impacts négatifs : 57,7 % des personnes interrogées pensent que l’économie wallonne va être impactée négativement (contre 25,9 %) et 67,0 % pensent que le pouvoir d’achat va être impacté négativement (contre 16,3 % qui pensent le contraire).

Une économie wallonne jugée préoccupante et des inégalités importantes

Concernant la perception du contexte socio-économique, on observe une forte insatisfaction de l’état de l’économie avec 67 % d’insatisfaits de l’économie belge (contre 33 % de satisfaits) et 82 % d’insatisfaits de l’économie wallonne (contre 18 % de satisfaits).

Le BSW s’est également intéressé à la perception sociale des inégalités. Là aussi, les résultats sont interpellants. Quand on demande aux personnes de se positionner sur une échelle de 1) « très faible « à 7) « très élevé » sur la question : « Selon vous, en Belgique, comment est l’écart de revenu entre les personnes les plus riches et les plus pauvres ? », 92 % des personnes répondent « élevé » à « très élevé ». Ensuite, lorsqu’on demande si cet écart a, selon elles, augmenté ou diminué au cours des 10 dernières années, 88 % jugent que ces inégalités ont augmenté.

L’enquête s’est aussi intéressée à la question suivante : Comment les personnes interrogées jugeaient leur situation personnelle par rapport à ce contexte économique et par rapport aux inégalités sociales perçues ? Quand on demande à ces personnes : « si de façon générale elles se sentent désavantagées par rapport à ce que d’autres ont », 42 % ne sont « pas d’accord », 36 % sont « ni d’accord ni pas d’accord » et seulement 22 % sont « d’accord ». De même lorsqu’on demande « si lorsqu’elles comparent ce qu’elles ont avec d’autres, elles réalisent qu’elles sont plutôt bien », 53 % répondent d’accord, 30 % répondent « ni d’accord, ni pas d’accord » et 17 % répondent « pas d’accord ».

On peut donc dire que globalement l’état de l’économie est jugé comme préoccupant, que les inégalités sociales sont jugées comme très importantes et qu’environ 20 % de la population se sent directement impactée par cette situation dans leur quotidien.

Méthodologie

Le Baromètre social de la Wallonie (BSW) est une enquête réalisée par l’IWEPS auprès d’un échantillon représentatif de la population wallonne de 18 ans et plus. En 2023, ce sont 1867 personnes qui ont été interrogées entre le 2 mars et le 2 juin 2023. Cette enquête est réalisée depuis 2003 à intervalle régulier, soit tous les 4 ou 5 ans environ. Cette année, pour la première fois, les personnes étaient invitées à répondre à un formulaire en ligne, ou papier, par elles-mêmes (mode auto-administré) et sans l’aide d’un enquêteur ou d’une enquêtrice.

La taille de  l’échantillon de personnes interrogées qui est issu d’un tirage probabiliste permet de généraliser les résultats à la population wallonne de 18 ans et plus avec une marge d’erreur maximale de 2,27% (pour un indice de confiance de 95 %).

Cette enquête interroge les citoyens et citoyennes sur de nombreuses thématiques telles que le sentiment d’appartenance (à la Wallonie, à la Belgique, à l’Europe, …) la confiance dans les institutions, l’attitude par rapport au système politique, l’attitude à propos de la transition écologique, la perception du contexte socio-économique ou encore les relations sociales.

L’importance de ce baromètre tient à la répétition de l’exercice à intervalle régulier auprès d’un échantillon représentatif de la population wallonne. Cela permet d’avoir un point de comparaison pour savoir si à moyen terme on va vers une amélioration ou une dégradation de la perception que les citoyens et citoyennes ont de la situation sociale, de la situation économique ou politique de la Wallonie.

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