Projets

Les données issues du prélèvement de la taxe kilométrique au service d’une meilleure connaissance de l’économie du transport en Wallonie

Nouveaux dispositifs, nouvelles données

Depuis le 1er avril 2016, un prélèvement kilométrique pour les poids lourds (>3,5t) été mis en place par les trois Régions belges, sur leur réseau routier structurant.

Le principe de ce prélèvement est innovant puisqu’il est lié à l’usage du réseau routier plutôt qu’à la seule possession de moyens de transport.

La technologie qui sous-tend le dispositif repose sur le suivi satellitaire des véhicules (GNSS), via une On-Board Unit (OBU), système embarqué permettant d’enregistrer tous les déplacements.

Ce dispositif technique génère une masse considérable d’informations sur les déplacements de véhicule. Ces véhicules sont eux-mêmes par ailleurs fortement documentés à des fins de détermination des tarifs applicables. On retiendra à titre d’exemple la Masse Maximum Autorisée (MMA) du véhicule, sa classe d’émission, son pays d’origine, le type de route ainsi que, bien évidemment, ses données de position (dont la vitesse).

Ces données permettent ainsi de suivre sur le territoire belge et wallon, le trajet des véhicules selon différents critères mais aussi de produire des statistiques portant sur l’ensemble de l’activité du transport sur le réseau routier. On sait ainsi que pour l’année 2017, près de la moitié des kilomètres effectués (par des véhicules et sur le réseau concerné par le dispositif en Belgique) sont immatriculés à l’étranger.

Ce nouveau gisement de données, en documentant l’usage des routes, ouvre à la recherche des perspectives absolument inédites, à la croisée de l’économie, de la recherche environnementale et des études de mobilité.

 

Un projet en deux phases

1) Analyse des conditions d’exploitation des données

L’acquisition de nouveaux types de données nécessite un travail préalable. Cette mission constitue donc une sorte de coût d’entrée fixe, qui sera d’autant plus rentabilisé que les données seront utilisées à diverses fins par la suite.

Tout d’abord, il s’agit de sélectionner au sein des données collectées par Satellic (et les éventuels autres fournisseurs de service accrédités plus récemment) et via une analyse fine des métadonnées, les variables qui offrent un intérêt a priori pour la statistique et la recherche. Ce travail doit aboutir à une commande de données et une convention avec le fournisseur, de manière à assurer le respect des normes édictées par le GDPR (notamment pour l’immatriculation) en veillant bien à autoriser le suivi des OBU sur le territoire sur une période suffisamment longue. Une alternative existe et mérite quoi qu’il en soit d’être explorée en première intention: l’exploitation des données anonymisées via le « Traffic Monitor » mis à disposition des Régions.

Une fois les données à disposition, le travail pour déterminer le potentiel et les limites des données peut commencer. Il s’agira de travailler tout d’abord sur les données seules, en abordant notamment (c’est un classique dans l’exploitation de données issues de dispositifs connectés) la mesure et l’impact des missing data sur les traitements ultérieurs. A cet égard, un rapport a récemment été transmis aux Régions par Viapass concernant les « lacunes territoriales » liées aux zones frontalières ou encore sur les « pertes de données » au niveau de certains applicatifs. Dans tous les cas, il s’agira de prendre connaissance de ces rapports et d’évaluer en quoi et sous quel(s) aspect(s) les problèmes soulevés limitent l’exploitation des données.

Soulignons que cette phase aura tout intérêt à s’ancrer dans un dialogue inter-régional, de manière à assurer – lorsque cela est possible – un traitement harmonisé des données pour le pays mais aussi de partager les expériences, voire même certains outils applicatifs. L’Institut interfédéral de la Statistique auquel participe l’IWEPS pourrait servir d’espace de concertation entre Régions. Au sortir de cette première phase, sera produit un rapport d’utilisabilité reprenant le résultat des analyses liminaires permettant d’évaluer les différentes données, leur force et faiblesse, tout en proposant des méthodes d’exploitation pertinentes. Ce rapport (appelé à être réactualisé en fonction des évolutions de la collecte) servira de base documentaire à tout traitement ultérieur.

 

2) Un premier projet-pilote : le cabotage en Wallonie

La deuxième phase de ce projet consiste à mettre en œuvre une recherche exploratoire. La perspective est donc ici inversée, les données issues des OBU n’étant plus qu’un moyen parmi d’autres pour effectuer une recherche.

Comme première étude, nous proposons de quantifier le phénomène de cabotage, en essayant de prendre en compte dans quelle mesure celui-ci s’inscrit ou pas dans le cadre réglementaire national et européen. Une analyse des besoins auprès du Gouvernement, des administrations concernées et des fédérations de transporteurs permettra de compléter et consolider le périmètre de la recherche qui proposera d’étudier ce phénomène peu documenté, dans une région carrefour d’échanges internationaux.

Deux perspectives sont possibles et seront poursuivies en parallèle à des fins de validation. La première est une méthode directe et consiste à mesurer le cabotage (réglementaire ou pas) au sein des données ou, à tout le moins, à y identifier des proxys qui permettent une première quantification. La seconde perspective, indirecte, est complémentaire et repose sur le profilage. L’idée est, en travaillant les micro-données, d’aboutir à la construction de patterns d’usage de nos routes par les transporteurs étrangers. Une fois ces patterns identifiés et reliés par modélisation aux données de contexte à disposition, l’objectif est d’inférer une statistique globale.

La suite de la recherche visera à introduire des éléments compréhensifs en intégrant des recherches portant, par exemple, sur les écarts de salaires dans le secteur du transport entre pays européens ou tout autre élément permettant de mieux comprendre la nature de la concurrence subie du fait du cabotage par les transporteurs nationaux.

Collaborateur(s)

Gregor Andras